La Voix de Dieu
Qu’il est difficile de vivre sans cadre, sans objectif précis ! Dieu me dit « attend ». Attendre. Je ne sais où je vais, je suis ici dans « ma chambre » à Haïfa et j’attends.
Note : les termes soulignés et en gras sont définis dans le lexique divin. Vous serez surpris de voir que certaines définitions ne correspondent en rien à votre conception actuelle.
Le soleil filtre à travers la moustiquaire de l’est et réchauffe mes pieds. Je ne comprends pas bien encore ce que Dieu souhaite me transmettre dans ce voyage en Israël. Je sais juste que mon arrivée en terre sainte est un honneur et que je dois rester. Mais cette attente à simplement attendre est parfois insupportable et l’envie de rentrer en France, à Strasbourg et de continuer mes études brûlante. Dieu, parfois, me mets en mouvements pour aller visiter tel ou tel endroit, même éloigné et je Luis suis reconnaissant mais je ne sais toujours pas où se trouve ma place. Sans place, l’Homme est déplacé. Déplacé c’est être dans une sorte de marge, au bord d’un précipice intérieur. Observer le Monde à partir de cette même marge, à partir d’un déplacement intérieur qui prend tellement de place parfois que mon être ne sait plus à quoi s’accrocher. Même s’ancrer dans Sa parole en devient difficile. L’attente, ne pas savoir, ne pas pouvoir se projeter, ne pas pouvoir résoudre soi-même l’équation que Dieu a mis en place, est une véritable déchirure en ce jour.
Et dans ce gouffre, je respire avec Lui, et Sa respiration me conforte, me soutient, m’apporte un peu de douceur. Un peu de calme dans l’agitation d’être captif de l’attente exigée. Oui il est difficile de vivre sans cadre, sans objectif précis, sans pouvoir s’occuper de l’un ou de l’autre. Je suis comme le fil du rasoir cherchant un poil à couper, quel qu’il soit, mais l’horizon est imberbe, imberbe par Sa volonté. Mon bûcheron intérieur doit déposer sa hache. Sans bois, il ne sait plus qui il est. Le cadre qu’il regardait s’évanouit en plein jour et le vide transparent émergeant lui montre l’immensité de la Vie. Son poids l’écrase soudainement, il préférait le minuscule fragment que Dieu lui avait proposé le temps d’un instant. Mais là, c’est l’immensité et il n’ose pas y plonger. Car plonger signifie se perdre dans une immensité indéfinie. Plonger signifie ne plus exister. Et j’ai peur de ne plus exister, de mourir à tout ce qui me faisait, aux attaches dans ce Monde que Dieu m’avait, par bonté, encore laissé. Je ne sais que faire face à cette immensité, cette Vie totale alors j’écris, j’écris. La lettre est posée face à l’angoisse de l’immense attente. Elle me repêche de la noyade, de l’asphyxie de l’incompréhension. Lettre après lettre, la phrase s’agrippe à mon être englouti et me fait remonter à la surface. Je respire avec Lui. Les cloches dehors me rappellent à la matière, à cette masse informe qui fait encore rage face à Lui. J’attends et j’accepte d’attendre, l’écriture faisant office de rituel face à la peur du rien, brûlant l’angoisse d’un instant encore mal perçu. Dieu me fait un cadeau auquel je ne m’attendais pas. Il me fait voir ce qu’il y a derrière et ce qu’il y a derrière me fait peur encore. Le nouveau décor invisible, transparent, sans attaches possible se confond peu à peu à mon être et je vois que je ne meurs pas. Une respiration nouvelle émerge ; elle me fait le plus grand bien. Une joie en moi se profile, la joie de l’atome de retrouver sa source créatrice. La peur se dissipe puis revient au rythme de la respiration qui n’est plus mienne. Le temps se fige et rit autour de moi. Je n’ai plus rien. Dieu m’a amené si bas pour sentir enfin l’évanescent transcendant, l’immensité sans peur qui me fait ici respirer. Je ne comprends pas mais il est bon d’être là à attendre ! Oui, quelle chance de vivre cet instant. Je sens que cette attente est bonne et j’en demande plus. Mes atomes sont en joie, en joie d’être en vie, respirant par Lui dans l’immensité du rien derrière le théâtre de nos cris quotidiens.
J’attends car Lui me le demande et Sa demande fait ma joie. Incompréhensible, le Monde semble s’estomper autour de moi. La joie d’être avec Lui, Son vouloir qui me semblait, quelques instant auparavant telle une prison, me libère enfin de la peur.

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